- Les songes
Les songes
Terre cuite rose
Signature de face sur la plinthe : Victor Rousseau
Date sur la plinthe à droite : 1952
1952
60 x 52 x 24 cm

Victor Rousseau

(Feluy 1865 - Bruxelles 1954)
  - Les songes
Les songes
Terre cuite rose
Signature de face sur la plinthe : Victor Rousseau
Date sur la plinthe à droite : 1952
1952
60 x 52 x 24 cm

Œuvres

Victor Rousseau - Le chant interrompu
Victor Rousseau - Le secret

Biographie

Le sculpteur Victor Rousseau naît le 16 décembre 1865 à Feluy, un petit village dans la partie septentrionale du Hainaut en Belgique. Vers 1870, ses parents quittent ce village pour s’établir à Bruxelles. A dix ans, on le laisse retourner à Feluy pour apprendre à travailler la pierre dans les carrières avec ses oncles. Son grand-père maternel se charge alors de son éducation. Ensemble, le vieillard et l’adolescent soignent les fleurs du jardin, s’occupent des ruches et partent en balade dans les bois le dimanche. La jeunesse de Rousseau est guidée par une affection éclairée. Son grand-père a la sérénité des êtres forts. L’un des oncles, avec qui il apprend à tailler la pierre, est aussi un compagnon précieux qui éveille sa sensibilité à la grâce des formes et des sonorités.
À onze ans, le jeune Victor quitte la maison familiale et accompagne son père et son oncle à Bruxelles. Ils sont embauchés au chantier du Palais de Justice alors en construction. Durant sept années, Victor Rousseau poursuit activement les travaux de taille et de sculpture sur les échafaudages du Palais de Justice. Parallèlement, il s’instruit par lui-même, étudie avec ténacité et parvient à sauter le large fossé qui sépare l’ouvrier de l’intellectuel. Remarqué par son patron Georges Houtstont, c’est dans l’atelier de celui-ci que Rousseau devient un parfait ornemaniste. Le jour, il y moule et crée des ornements, et le soir, à l’académie de Saint-Josse-ten-Noode, il les dessine. Stimulé par Houtstont qui le soutient et lui permet d’assister aux séances de dissection du professeur Sacré à l’Université de Bruxelles, il devient un praticien accompli. En 1879, son jeune ami Jean Delville lui conseille de s’inscrire au cours de dessin d’ornement à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. Là-bas, il reçoit également l’enseignement du sculpteur Charles Van der Stappen, envers lequel il aura, toute sa vie, une profonde reconnaissance. Tardivement, mais avec une intelligence éveillée et un métier bien acquis, il entreprend sa vie de sculpteur. C’est à Paris, Versailles et Reims qu’il fait son premier voyage en 1889 : un carnet de note et de croquis retrace ses observations. Ces premières notations annoncent une habitude qu’il gardera dans tous ses déplacements. De ces croquis faits en promenades, en voyages, aux spectacles, aux réunions, sont nés des centaines de dessins, source d’inspirations pour la création de figures et de groupes en terre, en marbre et en bronze.
A Bruxelles, Victor Rousseau s’intègre à la vie artistique ; il y trouve livre, spectacles, cercles d’étudiants et cercles littéraires. Aux soirées à l’atelier de Van der Stappen, il retrouve d’autres artistes : Meunier, Verheyden, Montald, Fabry, etc. En 1890, le Prix Godecharle remporté avec Tourment de la pensée lui ouvre les portes de la vie artistique. Cette sculpture l’affirme, le lance et lui procure une bourse de voyage qui lui apporte des obligations mais aussi le confort matériel nécessaire à son indépendance. Étudiant, il lit Victor Hugo, apprend Baudelaire par cœur et s’il préfère Anatole France, il lit aussi Eugène Fromentin, Schuré et Renan, des maîtres à penser qu’il rafraîchit avec Mozart et Beethoven. Tous ces artistes apparaissent comme des apôtres de liberté ; la littérature et la peinture luttent contre les formules, les dogmes et les préjugés.
Le 17 mai 1890, Victor Rousseau épouse Françoise-Marie de Lœul. Elle sera la compagne calme, toujours très digne, idéale pour l’âme souvent tourmentée de son mari. Le chagrin de ne pas avoir d’enfants est adouci par l’adoption des deux nièces, filles du frère de Françoise : Alice et Marie. Toutes deux apportent leur jeunesse et leur tendresse, mais aussi une fidélité affectueuse indéfectible. Avec sa femme, Victor Rousseau visite Paris, Londres et leurs musées. Ils partent ensuite vers l’Italie où l’artiste admire les sculptures dans leur environnement historique. En 1893 et 1894, l’artiste se trouve à Florence. Il y est heureux et apprécie pleinement la Renaissance, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Cellini. Il découvre à la fois la sculpture et la peinture de l’époque. La force humaine émanant des marbres et des bronzes l’impressionne. La dernière décennie du 19e siècle est chargée pour Victor Rousseau : concours, voyages imposés, construction d’un atelier et d’une habitation particulière à Forrest, désir de créer et de répondre aux commandes. En 1892, Jean Delville, Victor Rousseau et d’autres dissidents du cercle L’Essor créent à Bruxelles l’association d’artistes Pour l’Art qui a une vocation idéaliste. Le cercle d’art organise des expositions annuellement jusqu’en 1941. En 1893, Rousseau participe à la décoration du Jardin botanique de Bruxelles en créant deux lampadaires monumentaux en bronze. Travaillant sans relâche, il est amené à participer à plus de soixante expositions de 1890 à 1910.
Les compositions récentes de Victor Rousseau Curieuses (1900), Danse antique (1897), Idylle (1900), Soucieux (1900) marquent un talent mûri, sûr de lui-même, à la fois puissant et délicat. Encore qu’il dérive des maîtres de la Renaissance italienne, son art a dans l’expression de la beauté humaine un accent particulier qui fait du premier coup d’œil, reconnaitre ses créations entre toutes. Il s’attache plus au caractère des attitudes qu’à celui des physionomies. Ses figures ont des gestes souples, des mouvements onduleux, d’un charme souvent inédit. Rousseau s’accroche au mouvement symboliste qui se poursuit vers un idéalisme plus réaliste. Sa création veut être diversifiée, profonde. Elle n’exprime pas un espoir, elle offre plus sobrement un instant de rêve et de compréhension. Soucieux de l’enseignement de la sculpture, Rousseau, succédant à Julien Dillens, est nommé en 1905 professeur de sculpture d’après l’antique à l’Académie de Bruxelles où il donne les cours du soir. C’est en 1910 qu’il sera nommé professeur de sculpture d’après nature, à la suite de son maître Charles Van der Stappen. En 1914, il rencontre Auguste Rodin à Roquebrune. Celui-ci lui promet de venir à Bruxelles faire exécuter son buste par son cadet. Le 19 août 1914, fuyant l’invasion allemande en Belgique, il part en Angleterre. À Londres, il vit à Hampstead avec sa femme et Alice. Il travaille dans un atelier à Chelsea où il prépare des projets de monuments et des sculptures de petit format. Le 11 avril 1919, la famille rentre en Belgique. Aux joies familiales et amicales, s’ajoute le bonheur immense de retrouver intact son atelier. En 1920, Victor Rousseau organise une exposition personnelle à la Galerie Georges Giroux à Bruxelles.  La même année, il réalise La Danse et la Sculpture. Pour lui, la danse est source de vie : plus d’une fois, Rousseau laissera deviner l’harmonie parfaite des danseuses dans ses dessins, ses esquisses, ses bustes et ses groupes au cours des différentes périodes de sa vie. En 1933, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles organise une grande rétrospective de l’œuvre de Victor Rousseau ; 286 sculptures, 169 dessins et pastels occupent toutes les salles d’exposition. L’artiste, l’homme, le poète est fêté. Tout au long de sa carrière, Rousseau réalise également de nombreuses expositions en Belgique et à l’étranger. Peu à peu, le style de Rousseau s’épure, se simplifie tout en gardant le fond d’inspiration qui donne leur valeur au sujet et aux mouvements. Il ne change pas de méthode d’expression, il reste constant dans son art figuratif. Simplifiant de plus en plus les formes, il couvre ses figures de drapés rectilignes.
Pendant le Seconde Guerre mondiale, il s’isole chez lui à Forest. Le sculpteur ne se plaint pas, mais sa tristesse est grandissante. Aux horreurs de la guerre déjà supportées en 1914-1918, vient s’ajouter un climat de souvenirs et de solitude, aggravé par la mort d’Alice en 1948 des suites d’une longue maladie. Victime des restrictions et du manque de liberté, il subit, en famille ou avec ses voisins, l’immobilisme imposé par la guerre. Rousseau se sent limité par l’environnement et par lui-même. Reprenant des esquisses en terre, il taille des « objets précieux » en ivoire dont il apprécie la matière sous les doigts. Effeuillant les souvenirs pour y puiser quelques idées, sa vie d’artiste se poursuit encore par les poèmes et les notes inscrits dans ses carnets. On y lit surtout des considérations répétées sur l’amour qui, pour lui, reste l’attache primordiale à la vie. Sédentaire, confiné dans son bureau, il élabore un livre d’images où le pastel domine, composant un résumé de ses aspirations passées, concrétisant le fond de sa pensée qui s’épuise. Il trouve dans un mélange de souvenirs et de connaissances un refuge qui l’amène sereinement à la fin de sa vie. Sa santé s’affaiblit progressivement, mais il garde une stoïque sérénité. Victor Rousseau, alors âgé de 88 ans, s’éteint le 17 mars 1954. Son œuvre reflète un éternel besoin de créer. Des centaines de dessins existent, depuis ceux finement travaillés au crayon ou à la plume, jusqu’aux compositions rehaussées de fusain, d’aquarelles et de pastels, 150 bustes ont été dénombrés à ce jour, 45 monuments commémorent des activités humaines, des centaines d’œuvres de petites dimensions évoquent la joie, les tourments, les peines, l’amour, les tendresses de l’enfant, la vie.
 
Références bibliographiques
Vanden Eeckhoudt, D., Doneux, J. & Massant, M., 2003. Victor Rousseau, 1865-1954. Bruxelles : Bern’art.
s.n., 1990. Nouvelle biographie nationale.  Académie Royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique.