Nicolas de Staël
(Saint-Pétersbourg 1914 - Antibes 1955)
Sans titre
Lavis sur papier
Signature et date en bas à droite : de Staël 34
252 x 203 mm
1934
Biographie
Nicolas de Staël, né le 5 janvier 1914 à Saint-Pétersbourg, est un peintre français originaire de Russie. En 1917, la Révolution contraint ses parents Vladimir de Staël von Holstein et Lioubov Berednikova à fuir la Russie pour se fixer en Pologne. Quelques années plus tard, son père meurt à l’âge de 68 ans. L’année suivante, sa mère est atteinte d’un cancer et s’éteint à l’âge de 47 ans. Il se retrouve orphelin à l’âge de huit ans, avec ses deux sœurs Marina et Olga. Ils sont recueillis par une famille belge, Charlotte et Emmanuel Fricero. Nicolas et Olga passent une enfance heureuse. Seule Marina, l’aînée, qui avait mieux connu ses parents, aspirait à quitter Bruxelles et à suivre sa tutrice et amie de leur mère Ludmila von Lubimov. De 1924 à 1930, Nicolas de Staël suit des études gréco-latines chez les jésuites au Collège Saint- Michel d’Etterbeek. Il est ensuite inscrit au Collège Cardinal-Mercier à Braine-l'Alleud.
Au cours de l’été 1933, après un voyage aux Pays-Bas au cours duquel il découvre les maîtres hollandais, Nicolas de Staël peint sa première aquarelle à Nieuport. Cet intérêt pour les arts plastique se trouve confirmé dès l’automne, par sa double inscription aux Académie de Saint-Gilles d’abord, et de Bruxelles ensuite. Parmi ses professeurs, on trouve le directeur Alfred Bastien, membre des peintres du Rouge-Cloître. C’est avec lui et Frans Smeers que Nicolas de Stäel se rend aux étangs de Boitsfort et en Forêt de Soignes. S’il n’a pu être l’élève de Paul Mathieu, on sent l’influence de ce maitre dans ses premières œuvres des années 1933-34 : Vue de Crabbegat et Paysage à l’étang. Mathieu était attaché au mouvement Le Sillon, fondé par de jeunes artistes issus de l’Académie des Beaux-Arts, à la recherche d’effets de lumière qui conduiront au fauvisme. L’artiste Géo De Vlamynck a probablement été le professeur le plus marquant de Nicolas de Staël. En 1935, il voyage à travers l’Espagne à bicyclette. Au début de l’année 1936, Nicolas de Staël expose à la Galerie Dietrich ; il y présente des icônes ainsi que des aquarelles faites en Espagne. Il s’agit de la première présentation au public de ses œuvres, alors qu’il est encore étudiant. En juin 1936, il quitte la Belgique avec ses camarades Jan ten Kate et Alain Haustrate pour gagner le Maroc via la France et l’Espagne. Il rêve de découvrir de nouveaux horizons et de suivre les pas d’Eugène Delacroix dans sa quête de la lumière du sud. Ce voyage sera décisif : c’est là qu’il rencontre sa future compagne, l’artiste peintre Jeannine Guillou. Pendant ces dix-huit mois passés au Maroc, Nicolas aiguise son regard, dessine, peint, recommence. Les nombreuses lettres de cette période regorgent de renseignements sur cette quête constante d’un art nourri de ce qu’il voit et surtout de ce qu’il ressent, mais aussi de ses nombreuses lectures. Jeannine Guillou et Nicolas de Staël reviennent en Europe et arrivent à Naples. Le couple visite Pompéi, Herculanum, Paestum, Sorrente, Capri, Rome. À leur retour en France, ils vont peindre à Concarneau. Nicolas de Staël peint des portraits de Jeannine, des levers de soleil. Il réalise aussi ses premières œuvres au fusain.
En 1938, il s’installe à Paris, où il découvre les milieux artistiques de l’entre-deux-guerres. Mobilisé dans la Légion étrangère au début de la Seconde Guerre mondiale, il revient à la vie civile affaibli et précarisé, mais déterminé à poursuivre son œuvre. Durant les deux mois précédant son incorporation, il fait la connaissance de la galeriste Jeanne Bucher, qui parvient à lui trouver, ainsi qu’à Jeannine, des hébergements temporaires dans des ateliers d’artistes. À partir de cette période, Nicolas réalise le plus grand nombre de portraits de sa compagne dans un style figuratif, notamment le Portrait de Jeannine, qu’Arno Mansar décrit comme « à la fois un Picasso de la période bleue et un écho des figures allongées du Greco, admirées par l’artiste lors de son séjour en Espagne ». En 1940, Nicolas de Staël se retrouve à Nice. Il rencontre Robert Delaunay, Hans Arp, Alberto Magnelli, Le Corbusier, ... Malgré les difficultés financières, Jeannine donne naissance à leur fille Anne le 22 février 1942. Il est fasciné par l'enfant qu'il décrit comme un « petit colosse aux yeux clairs ». La naissance de sa fille amène chez lui une nouvelle réflexion sur la peinture. Il peint alors principalement des natures mortes et des portraits, tout en commençant progressivement à s’orienter vers l’abstraction. En 1944, Jeanne Bucher expose dans sa galerie les artistes Vassily Kandinsky, César Domela et Nicolas de Staël. La même année, ce dernier rencontre Jean Bauret, un jeune industriel, amateur et collectionneur de peintures. Cette amitié l’accompagnera toute sa vie. Il rencontre aussi Georges et Marcelle Braque, ainsi que le poète Pierre Reverdy. Les toiles de cette époque partent toujours d'objets réels, comme des marteaux, tenailles, arbres, racines.
À partir de 1945, il s’engage résolument dans la voie de l’abstraction. L’épaisseur de la matière, la superposition de couches compactes, la construction rigoureuse des plans et la force de la couleur deviennent les fondements d’un langage pictural original. Sans abandonner les brosses avec lesquelles il peint depuis longtemps, il va aussi utiliser le couteau jusqu'en 1954. La période abstraite, nourrie de rencontres essentielles marque l’entrée de Nicolas de Staël dans la sphère des avant-gardes parisiennes. En février 1946, sa compagne Jeannine Guillou décède des suites d’un avortement thérapeutique. Quelques mois après la mort de Jeannine, Nicolas épouse Françoise Chapouton. Il aura trois enfants avec sa nouvelle femme : Laurence, Jérôme et Gustave.
« De 1945 à 1949, la peinture de Staël se présente comme un faisceau, un lacis de formes impulsives dont les éléments formateurs, nés d'une décision rapide, loin de se perdre instantanément en elle, font valoir leur énergie propre. »
Une énergie ramassée qu'il puisait sur l'instant, selon Anne de Staël, qui décrit ainsi l'attitude de son père après la mort de Jeannine, et après son mariage avec Françoise Chapouton : « Ils se marient en mai 1946 sans attendre qu'une couleur sèche pour en poser une autre. Il posa à côté d'une douleur profonde le ton de la joie la plus haute. Et on peut dire que de la contradiction de pareils sentiments, il puisait une énergie ramassée sur l'instant, qui permettait d'avancer en vue d'un aiguisement acéré. » En 1947, Nicolas et Françoise s'installent dans un grand atelier à Paris. Nicolas de Staël voit souvent Georges Braque qui habite le même quartier. Il rencontre également Theodore Schempp, marchand de tableaux américain, qui s'enthousiasme immédiatement pour sa peinture et lui ouvre peu à peu le marché américain. La première grande reconnaissance de Nicolas de Staël intervient en 1950 grâce à une exposition personnelle organisée par le marchand Jacques Dubourg, qui accélère la diffusion de son œuvre en France comme à l’étranger. En 1951, Nicolas de Staël rencontre René Char. Il nait entre le poète et le peintre une amitié féconde. Ils conçoivent ensemble plusieurs projets de livres dont Poèmes de René Char — Bois de Nicolas de Staël. À partir de 1952, un tournant s’opère : sans renoncer à la puissance plastique de ses recherches précédentes, Nicolas de Staël réintroduit progressivement des formes reconnaissables, revenant vers une figuration simplifiée. Il ressent le besoin d'accorder sa vision au monde réel. Cette année-là, il assiste au match France-Suède au Parc des Princes. Suite à cet événement, il réalise de nombreuses toiles qui traduisent le saisissement d'un tel spectacle. Lorsqu'il expose son Parc des Princes au Salon de mai de 1952, le tableau est ressenti comme une insulte tant par ses confrères que par la critique. L’ensemble apparaît comme un manifeste du figuratif qui a contre lui tous les partisans de l'abstraction.
Ses séjours dans le Midi et en Sicile renforcent son attachement à la lumière du Sud, qu’il traduit en aplats vibrants, tendus entre abstraction et réalité. Les paysages, les marines, les natures mortes et les scènes sportives de ces années témoignent d’une volonté de synthèse entre sensation visuelle et construction picturale. Des œuvres comme Le Parc des Princes, Les Mouettes ou Le Concert incarnent cette maturité stylistique qui lui vaut une reconnaissance internationale, notamment aux États-Unis, où les musées et galeries acquièrent ses tableaux. Vers 1954, sa technique se modifie, Nicolas de Staël commence à peindre de manière plus fluide, voulant laisser toute la fraîcheur au geste de la main. Il emploie du coton et des tampons de gaze. Il expose chez Paul Rosenberg à New York et remporte un grand succès. Pendant l'été, il travaille à Paris où il peint les ponts, les quais, la Seine, la tour Eiffel, des natures mortes. À l'automne, il s'installe seul à Antibes. Il travaille tout l'hiver, peint la mer, le port, les ateliers, des natures mortes, des nus. En 1955, Nicolas de Staël prépare de nouvelles expositions. Cette ascension rapide exerce sur lui une pression considérable. Il travaille énormément, il peint plusieurs toiles à la fois. Il conçoit également d’autres projets de livres. Un rythme de travail épuisant s’impose et sa fragilité psychique s’intensifie. A Paris, il assiste à deux concerts consacrés à Schönberg et à Webern, qui inspireront la dernière grande toile : Le Concert. Épuisé par des années de travail sans relâche, Nicolas de Staël se suicide le 16 mars 1955 à Antibes. Il est alors âgé de 41 ans. Il laisse derrière lui une œuvre dense, dont la force plastique, la recherche de lumière, la tension constante entre abstraction et figuration ont profondément marqué la peinture de l’après-guerre.
Références bibliographiques
Jarry, C., Radeuil, N. & Darley, D., 2005. Nicolas de Staël, un automne, un hiver. Antibes : Musée Picasso. Paris : Éditions Hazan.
Gesché-Koning, N., 2015. Nicolas de Staël, Le terreau d’un apatride. Gand : Éditions Snoeck.